dimanche 22 mars 2020

Regards croisés : La maladie


A mon père, médecin
A tous les malades et ceux qui les soignent

   Les pays et les villes se sont arrêtés, pétrifiés par cette pandémie dont on souhaite tel un cyclone qu’elle s’éloigne et perde ainsi son pouvoir destructeur. A la différence de la maternité ou du deuil, les peintres n’auront que rarement illustré la maladie alors que les derniers siècles furent pourtant marqués par les ravages du choléra, de la variole et surtout de la tuberculose, qui à elle seule représentait au 19ème près d’un quart des décès d’adultes en Europe et qui emporta notamment le compositeur Frédéric Chopin, l’écrivain Anton Tchekhov et les romancières Anne, Emily et Charlotte Brontë. La femme phtisique deviendra une image du romantisme reprise dans les œuvres de Chateaubriand, d’Hugo ou de Dumas. Dans une grande toile Voyage in extremis présentée au Salon de 1880, le peintre Albert-Guillaume Démarest (1848 - 1906) la fait figurer dans une extrême pâleur, portée sur une civière, qu’accompagnent des proches et des domestiques. L’émotion de la scène est accentuée par le salut d’un paysan au passage du triste convoi. 


Au-delà de cette vision romantique, les quelques artistes ayant illustré la maladie auront souvent été inspirés par la souffrance d’un proche. C’est le cas du peintre américain James Whistler (1834 - 1903) qui dans une lithographie de 1896, représente son épouse Béatrice atteinte d’un cancer, regardant la ville de Londres depuis le balcon du Savoy Hotel. 


C’est un même sentiment de compassion qui poussera l’artiste suédois Carl Larsson (1853 - 1919) à dessiner son épouse Karin affectée par une sévère pneumonie. L’artiste illustre ici avec la virtuosité de son dessin, l’extrême fatigue de sa femme dont le regard oblique empreint d’une légère curiosité est le signe du début de la Convalescence, titre de cette aquarelle réalisée en janvier 1899 dans leur maison de Stora Glasbruksgatan à Stockholm. 


Enfin, comment ne pas évoquer, le drame qui toucha l’artiste norvégien Edvard Munch (1863 - 1944). Alors qu’il n’a que cinq ans en 1868, sa mère décède de la tuberculose. L’enfant et ses quatre frères et sœurs sont éduqués par leur tante Karen Bjolstad. La maladie frappe de nouveau la famille et la sœur aînée d’Edvard, Johanne-Sophie décède à son tour en 1877 de la tuberculose à l’âge de 15 ans. Edvard, devenu peintre, illustrera cette tragédie dans une série de six tableaux. Le premier réalisé en 1885, intitulé L’enfant malade fait scandale par sa forme inachevée qui marque le début de l’expressionisme. Tout dans l’œuvre n’est que douleur, du regard perdu de la jeune fille sentant sa fin approcher, au déchirement de sa tante dont la tête baissée confirme l’absence de tout espoir. 


Si les progrès de la recherche médicale, la vaccination et les mouvements hygiénistes permettent de réduire la mortalité, l’espérance de vie en France en ce début du 20ème n’est encore que de 45 ans. La maladie endeuille fréquemment les familles et touche les plus jeunes. Un enfant sur cinq meurt avant cinq ans et cette mort est parfois acceptée avec résignation tant elle est courante. Vers 1897, Charles Cottet (1863 - 1925) en sera le témoin en réalisant à Ouessant sa célèbre toile sur La Veillée d’un enfant mort


L’attention aux plus fragiles que sont les enfants sera illustrée dans quelques œuvres comme cette aquarelle de l’artiste irlandais Walter Osborne (1859 - 1903) réalisée en 1898. La petite Violet Stockley âgée de 5 ans est veillée par sa grand-mère et le flacon posé sur la commode ne laisse aucun doute sur la raison de cet égard particulier. 


C’est une scène proche que l’artiste française Emma Herland (1855 - 1947) présentera au Salon de 1903. Dans cette toile intitulée Pauvre petite, une mère attentive tente de soulager sa fille malade dont la pâleur évoque là aussi la tuberculose. La Bretagne, et notamment le Finistère, en ce début de 20ème siècle est une région particulièrement touchée et la maladie souvent considérée dans les familles comme honteuse, ne fait l’objet d’aucunes déclarations ou de suivis particuliers. Les premiers dispensaires et sanatoriums y répondront progressivement. 


Passées les douleurs et les fièvres, c’est pour les plus chanceux et les plus robustes qu’advient le temps du repos et de la récupération. Deux grandes artistes finlandaises Hanna Frosterus-Segerstråle (1867 - 1946) et Helene Schjerfbeck (1862 - 1946) nous laisseront de magnifiques témoignages de ce retour à la vie. Dans Le petit patient en 1889, Hanna Frosterus peint un jeune garçon attiré par quelques raisins, signe de l'appétit retrouvé. Assise à ses côtés, une femme au regard bienveillant exprime dans un demi-sourire son soulagement. 


La maladie est vaincue et c’est cette victoire de la vie qu’illustre en 1888 la célèbre peinture d’Helene Schjerfbeck. La convalescente est une petite fille au regard encore brillant de fièvre saisissant avec émerveillement un jeune rameau apporté par le printemps. Les cheveux en bataille et le drap froissé témoignent de ce que fut la lutte contre la maladie. Peinte à Saint-Ives en Cornouailles anglaises, l’œuvre présentée à Paris rencontrera un succès immédiat et sera par la suite acquise par l’Ateneum à Helsinki. L’artiste à la santé très fragile y était attachée comme le symbole imagé de sa propre lutte contre la maladie.


dimanche 9 février 2020

Axel FAHLCRANTZ (1851 - 1925)







   Nous complétons ici la note biographique d'Axel FAHLCRANTZ de ces quelques oeuvres crépusculaires, délicates invitations au songe.





dimanche 12 janvier 2020

François GUÉHO (1881 - 1951)





   Il y a presque dix ans de cela nous évoquions en une courte note biographique le peintre François GUÉHO (1881 - 1951). L’orthographe même du nom de l’artiste était alors sujette à caution* et son parcours se résumait en quelques images de peintures réalistes produites en Bretagne. Une décennie plus tard, les différentes œuvres apparues lors des ventes aux enchères ont éclairé le parcours du peintre. Mais chose rare, c’est un livre écrit de sa main qui nous révèle l’intimité de l’homme. Le manuscrit La Pierre d’achoppement découvert par sa petite-fille dans un placard nous conte avec sensibilité et érudition le combat intérieur d’un jeune homme partagé entre sa foi et l’amour d’une femme dans le Paris de 1900. Non sans émotion, sa petite fille évoque son aïeul dans la préface de ce roman autobiographique écrit en 1914 : "Fils de petits artisans né à Malestroit (Morbihan) en 1881, très solitaire, mais d’une nature passionnée, la vocation religieuse naquit chez lui au début de l’adolescence, échappatoire à une vie médiocre qui ne répondait pas à ses aspirations. Il entra alors au séminaire de La Pietà, à Paris : études brillantes, il se distingue par son intelligence, son appétit de connaissances et sa foi intense. Arrive l’épreuve du « régiment » où ce jeune homme mystique, épris de pureté, va se trouver confronté à la vie hors du séminaire. C’est le récit autobiographique de La Pierre d’achoppement, un séminariste convaincu, découvrant qu’il est aussi un homme… Ayant renoncé au sacerdoce, il suivit une carrière sans éclat, une vie médiocre d’un homme qui a fait ses choix. Peintre brillant – comme dans tout ce qu’il entreprenait, il excellait –, il vendit quelques tableaux de son vivant, mais pour nourrir sa famille nombreuse, il dut accepter un petit poste de gratte-papier dans une entreprise, emploi qui le mena de Concarneau à Nantes, puis à Bordeaux où il mourut en 1951, renversé par une voiture en traversant la rue. Après la mort de ma mère (sa seconde fille) je dénichai ce document dont j’ignorais l’existence, en rangeant des placards. Il dormait sous une pile de livres, enfoui, oublié, plus ou moins rongé par les souris… Intriguée, je l’ai lu, découvrant un pan de la vie de mon grand-père dont je ne savais pas grand-chose. Grande lectrice de Bernanos et Mauriac, j’ai retrouvé beaucoup et du style et des tourments de ces deux écrivains. J’ai donc décidé de le confier à la Société des Écrivains qui a accepté de le publier. Cette initiative n’a rien d’intéressé : c’est simplement un hommage rendu à mon grand-père que j’admirais pour son érudition et sa gentillesse. L’ouvrage mérite d’être lu, mais surtout, il réhabilitera à mes yeux, un homme mal récompensé, de son vivant, de ses nombreux talents, en raison de choix de vie malheureux pour son bonheur personnel. C’est une reconnaissance posthume, en quelque sorte, du moins, tel est mon espoir." Souhaitons que cet appel soit entendu car l'oeuvre de François Guého, peintre mais aussi écrivain de talent, le mérite assurément.




*  : nous hésitions alors avec entre Guého et Guéno
La Pierre d'achoppement aux éditions Société des écrivains, janvier 2016.

lundi 6 janvier 2020

dimanche 15 décembre 2019

Robert RAYMOND (1891 - 1946)


  
   Un lecteur nous apportait récemment de précieux éléments sur l'état civil du peintre Robert RAYMOND. L'artiste est né le 15 mai 1891 à Paris dans le 4ème arrondissement et décèdera le 15 août 1946 à Saint-Viaud en Loire Atlantique à l'âge de 55 ans. Si son second prénom reste un sujet de débat entre Maurice et Marie, une recherche internet sur son lieu de disparition nous apprend que l'artiste fut l'objet à l'initiative de ses descendants d'une large rétrospective en septembre 2016. Nous reproduisons ici l'article que lui consacra à cette occasion Ouest France. Nous y joignons quelques oeuvres de ce peintre talentueux attaché à la Bretagne et la région de Douarnenez.


Robert Raymond, un impressioniste à Saint-Viaud 

À l'occasion des 70 ans de sa disparition, François Raymond dévoile la collection de peintures de son aïeul, Robert Raymond. Ouvert au public pour les Journées du patrimoine, le manoir familial du Plessis-Mareil sera également le lieu d'une exposition consacrée au peintre impressionniste. "Nous avons réussi à réunir une cinquantaine d'oeuvres dispersées dans notre famille pour l'occasion". "Mon grand-père est né en 1892. Il fut l'élève de Fougerat à l'Ecole des Beaux-Arts de Nantes, où il partageait les premiers prix avec son ami Charles Perron. Il passa sa jeunesse au Plessis-Mareil, mais sa carrière professionnelle se déroula à Nantes. Il a beaucoup peint la Bretagne où il rencontra le peintre parisien Désiré-Lucas, qui lui apporta beaucoup. Il exposa à Paris au Salon des artistes français où il obtint la médaille d'argent en 1934 et la médaille d'or en 1938. Cette même année, le Prix Corot lui fut également décerné. Fuyant les bombardements de Nantes, il se réfugia au Plessis-Mareil en 1943 et mourut en 1946".