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mardi 12 octobre 2021

Regards croisés : Feiz ha Breizh (Foi et Bretagne)


Le Pardon, hst 1910 
Henri-Gabriel IBELS (1867 - 1936)

Angélus breton, hsc 1912
Marcel SAUVAIGE (1855 - 1927)

La Bretagne n’existerait pas sans ses recteurs, ses saints et ses pardons, sans ses ex-voto suspendus, ses calvaires de granit et ses monastères, sans ses innombrables chapelles que le poète Xavier Grall (1930 - 1981) appelait avec affection les granges à Dieu. Des taolennoù de Michel Le Nobletz (1577 - 1652) aux troménies de Locronan, nulle terre ne fut plus croyante que la Bretagne.

Les braises de la Foi s’éteignent aujourd’hui doucement même si la flamme renaît parfois dans le souffle de pardons aux accents folkloriques. Sur cette terre aux croyances si profondes, l’art au 19ème siècle fut le grand témoin de cette spiritualité constitutive de l’âme bretonne.

Du Christ jaune peint par Paul Gauguin (1848 - 1903) au Pardon de Kergoat de Jules Breton (1827 - 1906), les œuvres illustrant la Bretagne religieuse sont sans doute plus nombreuses que la légende attribuant à la péninsule « 7 mille 7 cents 7 vingts et 7 saints ».

Une religiosité que l’on découvre douce et colorée dans les œuvres de Maurice Denis (1870 - 1943), âpre et réaliste dans celles de la Bande Noire de Lucien Simon (1861 - 1945) et Charles Cottet (1863 - 1925), diverse et militante dans celles des Seiz Breur.

Comme par un jeu de miroir, toutes ces œuvres dans leur diversité forment aujourd’hui un pan important de l’identité et de l’histoire de la Bretagne. Par-delà le temps, ces artistes viennent nous interroger sur la place du religieux et de la spiritualité dans la culture bretonne contemporaine.

Alexis VOLLON (1865 - 1945)


Entrée de messe à Pont-Croix, hsc 1934
Émile SIMON (1890 - 1976)

Bretonnes quittant un calvaire, hst
Pierre PAULUS (1881 - 1959)

Pont-Croix, hst
Jules-Hervé MATHÉ (1868 - 1953)

Sortie de messe en Bretagne
Théodore BOULARD (1887 - 1961)


Église de Ploaré, hst
Louis-Marie DÉSIRÉ-LUCAS (1869 - 1949)

Bretonnes en prière
Henri ROYER (1869 - 1938)
 

Retour du Pardon Saint-Jean Trolimon, 1912
Ernest GUÉRIN (1887 - 1952)


samedi 30 octobre 2010

Marcel SAUVAIGE (1855 - 1927)




Marcel SAUVAIGE et son épouse
Camaret
   Marcel SAUVAIGE est né à Lille en 1855. Son père Louis Paul Sauvaige, élève de Jean-Baptiste Corot et de Charles-François Daubigny, fut un peintre de marines et lui transmis sa vocation. Marcel Sauvaige fut l’élève du célèbre peintre Emmanuel Lansyer (1835 - 1893), lui-même élève de Gustave Courbet. Sociétaire des Artistes Français dès 1884, il figura au Salon de ce groupement avec plusieurs mentions (honorable en 1903, médaille de troisième classe en 1906).
Marcel Sauvaige peint essentiellement en Bretagne qu’il découvre vers 1890 au travers du petit port de Camaret en Finistère. La ville reçoit alors la visite régulière durant l’été du « roi des ciels », le peintre Eugène Boudin (1824 - 1898). En 1891, Marcel Sauvaige sera le premier à s’y implanter en faisant construire une maison sur le crête de Pen Hat dominant le Toulinguet. Son ami peintre Charles Cottet (1863 - 1925) l’y rejoindra. Camaret accueille alors une communauté artistique variée avec l’homme de théâtre André Antoine (1858 - 1943), le peintre Etienne Bouillé (1858 - 1933), les écrivains Gustave Toudouze (1847 - 1904) et son fils Georges-Gustave (1877 - 1974) mais aussi le poète Saint-Pol Roux (1861 - 1940) au destin tragique.


La peinture de Marcel Sauvaige est proche de celle de son ami Charles Cottet, une peinture d’ombres, aux lumières fragiles et rares. Les deux hommes peindront notamment le port de Camaret dans ses dernières lueurs que l’on retrouve dans Rayons du Soir de Charles Cottet (photo ci-dessous) et Le port de Camaret présenté par Marcel Sauvaige au Salon en 1903 *.

Charles COTTET, Rayons du Soir
Musée d'Orsay

Empreint de réalisme, le groupe que l’on appellera « la Bande noire », composé de Charles Cottet, Lucien Simon, André Dauchez et René Ménard, peint une Bretagne sombre et mélancolique à l’opposé de la peinture claire des impressionnistes et des nabis. Les sujets tournent autour de la vie des pêcheurs et de la rudesse de leur existence. Charles Cottet en témoignera lors de son séjour à Ouessant en peignant des scènes intimistes poignantes **. La forte dévotion régnant sur ces terres de Bretagne est alors un thème largement illustré.


*   : Collection privée Alphonse de Rothschild, don de 1903 au Château-Musée de Dieppe.
** : Gens d’Ouessant veillant un enfant mort, Musée des Beaux-Arts de Quimper.