lundi 26 novembre 2012

Pelle SWEDLUND (1865 - 1947)

 

   Per Adolf dit Pelle SWEDLUND naît le 6 octobre 1865 près de la mer Baltique à Gälve en Suède. Son père, professeur de Lycée l’oriente sans doute vers l’enseignement et après de brèves études à Upsal, Pelle devient instituteur dans sa ville de Gälve. La perspective de cet avenir trop vite écrit le pousse peut être à embrasser la vie d’artiste. Il part à Stockholm et rentre à 21 ans aux Beaux-Arts. Il en ressortira médaillé trois ans plus tard. En 1892, il quitte la Suède pour la France et intègre l’Académie Julian. Nous n’avons que peu de détails sur son passage en France. A-t-il fréquenté la colonie d’artistes scandinaves de Grez-sur-Loing ? Aucune trace ne l’atteste. Il est vrai que la présence des artistes nordiques dans ce village des abords de la forêt de Fontainebleau fut à son apogée dans les années 80.


Pelle Swedlund visite la Bretagne. Le caractère symboliste et synthétiste que prendra son œuvre est peut être né en pays breton. Durant ces années 90, il n’est pas exclu que Pelle Swedlund ait fréquenté à Paris son compatriote Ivan Aguéli (1869 - 1917) qui fut initié au symbolisme et à la pratique de la peinture synthétique par Emile Bernard (1868 - 1941). L’artiste visite l’Italie et s’installera en Flandre dans la ville de Bruges qu’il affectionne particulièrement. Il expose à Stockholm en 1899, date des premières acquisitions de ses œuvres par les musées nationaux dont celui de Göteborg.


L’artiste revient en Suède au début de XXème. Il expose à Munich en 1905, puis à Göteborg en 1906 et Stockholm en 1912. Pelle Swedlund peint de nombreuses marines et soleils couchants sur l’île de Gotland. L’artiste ne souhaite retenir que l’essentiel. Les formes sont réduites en aplats sombres qui mettent en valeur les dernières lumières du crépuscule. Une ombre humaine souligne parfois un sentiment romantique de solitude. Aussi colorées soient elles, ces peintures sont l’expression d’une même mélancolie, sans doute celle de cet artiste solitaire alors en fin de vie. L’œuvre et le parcours de Pelle Swedlund ne sont pas sans ressemblances avec la vie de l’artiste américain, Albert Pinkham Ryder (1847 - 1917).


Pelle Swedlund sera pendant 14 ans de 1932 à 1946 le Conservateur de la Galerie Thiel* à Stockholm. Resté célibataire, l’artiste s’éteint dans son village natal de Gälve en 1947 à l’âge de 82 ans.



* : riche banquier avant de faire faillite, Ernest Thiel (1859 - 1947) et sa première épouse Anna Josephson collectionnèrent les œuvres de l’avant-garde scandinaves aujourd'hui toujours visibles à la Galerie Thiel à Stockholm.

samedi 6 octobre 2012

Hippolyte LÉTY (1878 - 1959)


Crue de la Seine à Paris, 1910

   Hippolyte LÉTY est né le 24 janvier 1878 à Vienne en Isère. En dépit d’une carrière de professeur aux Beaux-Arts de Tourcoing dans le Nord, l'artiste restera très attaché à l’Isère où il prendra sa retraite. Sa formation aura été des plus solides ; de l’initiation d’Antoine-Christian Zacharie dit Tony Zac (1819 - 1899) à Alexandre François Bonnardel (1867 - 1942) aux Beaux-Arts de Lyon, et enfin à Paris, auprès de Luc-Olivier Merson (1846 - 1920), Léon Bonnat (1833 - 1922) et Ferdinand Humbert (1842 - 1934). L’artiste sera médaillé aux Salons (1908, 1926) et recevra en 1925 le prix Raigecourt-Goyon. 
La peinture d’Hippolyte Léty aura fortement évolué. L’académisme de Galathée et Polyphème primé au Salon de 1908 (ci-dessus), laissera place à une peinture aux accents impressionnistes mais qui deviendra au fil du temps plus figurative et commune. Hippolyte Léty aura peint sa ville de Vienne, les bords du Rhône mais aussi la montagne et la Méditerranée. L’artiste décède en 1959 à l’âge de 81 ans. Nous reproduisons ici in extenso un article du Journal de Vienne et de l’Isère écrit par Prosper Gien et paru en décembre 1941 qui relate en détail le parcours du peintre.  
    
Les usines Kulhmann
à Saint-André

Rencontre avec Hippolyte LÉTY

C’est dans la petite maison familiale blottie à mi-coteau de St-Marcel que nous avons voulu rencontrer le bon peintre viennois H. Léty. Par le petit escalier étroit, nous avons gagné l’atelier du peintre et le balcon, duquel on aperçoit, dans cette brume bleutée qui est l’ambiance même de nos contrées rhodaniennes, le contour imprécis des collines de la rive gauche et le fleuve qui fuit vers la Provence au soleil éternel. Nous avons un moment admiré le site où les tons de l’arrière-saison jetaient leurs ors abondants avant de revenir nous asseoir près du chevalet où le peintre travaillait à un panneau décoratif représentant Vienne. Notre région tient d’ailleurs dans la peinture de Léty une place prépondérante, une place de choix, la première place même, et l’artiste excelle à traduire par les colorations de sa palette où les bleus dominent, ce « climat » particulier, cette ambiance grise et brumeuse que nous retrouvons avec plaisir dans ses œuvres rhodaniennes.


Elève du cours municipal de dessin que professait alors Tony Zac*, Hippolyte Léty eut pour condisciples André Bel, Henry et Baptiste Jacquier qui devaient eux aussi continuer dans cette voie. Les dispositions naturelles de l’enfant furent remarquées par le maître qui aussitôt s’intéressa à lui, le guida, le conseilla. A 14 ans, Hippolyte Léty travaille chez un peintre plâtrier de la rue de l’Éperon, le père Domer, sans pour cela cesser de dessiner. Un compagnon plâtrier qui travaille dans le même atelier lui montre quelques essais. Comme l’enfant après avoir passé sa journée à barbouiller, il prend le soir venu des pinceaux plus fins et travaille quelques petites études. La vocation se précise. Hippolyte Léty sera peintre. A l’âge de 17 ans, il entre aux Beaux-Arts à Lyon où il poursuit avec l’aide de Bonnardel. En 1897, deux ans plus tard, Léty titulaire de la Bourse départementale de l’Isère, est à Paris où il a pour maître successivement Luc Oliver Merson, Bonnat et Ferdinand Humbert.


En 1908, il obtient une médaille d’or au Salon des Artistes Français. Trois ans plus tard, nous le trouvons professeur de dessin à l’École des Beaux-Arts de Tourcoing. Il y restera jusqu’en 1938. Mais il ne cesse de peindre. Aux brumes du pays natal, viendront s’ajouter parmi les sites qui l’inspirent ce ciel bas et gris du Nord qui pèse sur des paysages sans enthousiasme, mais non dépourvu de poésie. Depuis son retour dans notre ville, H. Léty a fait plusieurs expositions fort goutées ; celle qui vient de se clore à Lyon, à la Galerie Roger, a été un succès. Le vernissage qui a lieu aujourd’hui même à la Galerie Art-Curiosités, rue Poète-Martial, permettra aux compatriotes de l’artiste de voir jusqu’au 10 janvier, quelques-unes de ses meilleurs œuvres. Parmi celles-ci nous citerons « Porte à Orgon », « Soleil du soir aux Martigues », « Lever de soleil au Lac de Nantua », « Le Lac de Brume au Mont Pilat », « Le Puy des Fées », « Vallée du Rhône vue de Pipet », « La Place Pillard », « Saulaie à Estressin », « Vieux pont sur la Gère », « Le Rhône et le Mont Pilat », etc… Effets du matin, effets du soir où l’intimité des paysages est plus prenante, voilà les heures plus spécialement choisies par Léty pour planter son chevalet et fixer sur sa toile des notations, délicatement colorées, justement observées, baignées d’une lumière douce et bleue, tout cela avec un souci d’expression sincère et de vérité.    


samedi 29 septembre 2012

Charles Auguste EDELMANN (1879 - 1950)



   En 1926, le critique Gaston Varenne dans La Renaissance de l’Art Français et des Industries de Luxe relate l’exposition parisienne de Charles Auguste EDELMANN  à la Galerie Danthon en ces termes : « Je goûte surtout dans l’œuvre de Ch-A. Edelmann ses panneaux décoratifs, ses arquelinades ou ses masques toujours savamment composés. Il vient d’exposer chez Danthon, une soixantaine de toiles et d’excellents dessins qui classent cet artiste très doué et naturellement élégant parmi les bons « symphonistes » de sa génération. Ses nus sont enlevés avec une remarquable aisance et c’est sans doute de son admirable facilité que Ch.-A. Edelmann doit le plus se méfier s’il veut que ses moyens exceptionnels le conduisent à l’œuvre de style que nous attendons de lui ». Si l’on sourit à la lecture de cette conclusion qui ramène l’artiste au rang d’écolier, son auteur a très bien perçu les qualités et le rang du peintre.


Originaire d’Alsace, Charles Auguste Edelmann aura dans sa carrière traité tous les sujets, du nu aux natures mortes, du portrait au paysage. Il aura manié toutes les techniques et supports, travaillant l’huile, le pastel, l’aquarelle, le dessin. Peintre, il fut également graveur et un illustrateur particulièrement prolifique. Ce mélange des genres pourrait-on dire, fut peut-être un frein à sa renommée, et comme de nombreux artistes de l’entre-deux-siècles, Charles Auguste Edelmann laisse une œuvre confidentielle, talentueuse, et le terme du critique est juste, "élégante".


L’artiste naît en 1879 à Soultz-Sous-Forêts dans le Bas-Rhin. Son éducation, apprend-on, fut rigide. Peut-être fit-elle naître cette attirance pour la création artistique ? Charles-Auguste débute sa carrière auprès de Diogène Maillart (1840 - 1926), puis auprès du grand Jean-Léon Gérôme (1824 - 1904) et de Ferdinand Humbert (1842 - 1934). Fort de ce solide apprentissage, il expose néanmoins assez tardivement au Salon à compter de 1909. Bien que devenu parisien, l’artiste ne délaisse pas sa région où il expose régulièrement. Il devient sociétaire des artistes français en 1912 mais la guerre le rattrape avec la mobilisation générale d’août 1914. Charles Auguste Edelmann se marie à Jeanne Alexandrine avant d’être incorporé. Après quatre années de guerre, devenu lieutenant, il sera fait Chevalier de la Légion d‘honneur pour faits d'armes.


De retour à la vie civile, il devient le portraitiste de la femme urbaine et moderne. Ses croquis de nus comme ses natures mortes sont d’une grande maîtrise. L’Art et les Artistes écrit en 1932 : « Modelés, gracieux, dessinés avec aisance dans la lumière et les reflets, sont les nus de Ch.-A. Edelmann, ses natures mortes sont fermes dans un coloris fin et atténué ; la pâte, délicate, est belle. » Les acquisitions de l'État dans les années 20 seront régulières et viendront orner des lieux prestigieux : Palais de l'Élysée, Chambre des députés et ambassades.




Les paysages de l’artiste plus tardifs et rares, feront dire à l’écrivain Francis de Miomandre dans un long article dédié au peintre : « Lui ferais-je un reproche ? Il est doué merveilleusement pour le paysage et il n’en a presque pas fait. Les quelques rares études que j’ai vues de lui (site de Bretagne, de Normandie, de Provence) sont d’une largeur, d’une puissance, et d’une simplicité peu communes. ». L’artiste aura été l'illustrateur de nombreux ouvrages de grands écrivains (Balzac, Musset, Courteline, Kessel, Wilde). Il s’éteint en novembre 1950 à Paris à l’âge de 71 ans.


NB : nous vous recommandons en complément la lecture du site consacré à Charles-Auguste Edelmann http://charlesaugustedelmann.jimdo.com/

dimanche 2 septembre 2012

Carl BRANDT (1871 - 1930)

  

   Carl BRANDT naît le 14 février 1871 à Locketorp en Suède. Son père est tailleur et a priori rien ne prédestine le jeune Carl à la peinture. Sa vocation paraît néanmoins solidement établie puisqu’après s’être formé adolescent, il s’installe comme peintre de métier à tout juste 18 ans dans la ville d’Örebro. Né Svensson, il prend alors le nom d’artiste de Carl Brandt. Il travaille l’huile mais aussi l’aquarelle et le pastel et se marie en 1894 à Ida Rudbeck. Son épouse est issue de l’aristocratie et elle lui ouvre sûrement les portes d’une certaine notoriété. Le couple adopte un fils en 1898 et après quelques déménagements s’installe à Filipstad. Le peintre devient un paysagiste réputé.
 

A compter de 1904, Carl Brandt travaille pour plusieurs éditeurs de cartes postales. Avec plusieurs millions d’exemplaires en circulation, l’édition de cartes est à son apogée et l'artiste produira près de 200 dessins sous différents formats.


Ida décède en 1910 et Carl change alors de vie. Sans son fils, il part s’installer à Stockholm et épouse à 39 ans, la jeune Axelina Karlsson Söderber, onze ans plus jeune. En 1924, le couple s’installe dans une belle villa du quartier d’Hässelby Villastad à Stockholm conçue par l’artiste verrier Simon Gate (1883 - 1945).  Six ans plus tard en 1930, Carl Brandt y décède d’une complication biliaire. Sa veuve revendra la maison quelques années plus tard pour s’installer à Landskrona dans le sud de la Suède.

Peintre nordique, Carl Brandt illustre avec maestria des paysages où un soleil couchant bleuit la neige et fait rougir les pins. L’artiste sera également un mariniste talentueux. Dans toutes ses œuvres, le peintre fixe l’instant, celui où la lumière embellit la nature et crée ces atmosphères délicates aux confins d’un certain romantisme. Carl Brandt laisse une œuvre méconnue qui trouve néanmoins toute sa place dans l’impressionnisme suédois.   


NB : l’artiste est souvent confondu avec Carl Ludwig Brandt (1831 - 1905), artiste allemand ayant émigré aux Etats-Unis en 1852.

samedi 1 septembre 2012

Museum without walls


   À l’initiative de la Public Catalogue Fondation et de la BBC, le recensement de l’intégralité des peintures à l’huile des collections publiques du Royaume-Uni est en cours. Ce sont à terme quelques 200 000 œuvres sur 700 années de création qui seront accessibles en ligne. L’école anglaise y est bien évidemment prédominante mais elle côtoie de nombreux artistes internationaux et français en particulier. Citons Charles Saumarez Smith, ancien directeur de la National Gallery et actuel Directeur de la Royal Academy of Arts, qui dit de ce projet : « It is the ultimate realisation of André Malraux’s dream of a Museum without walls. »